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STOP A L'EXPLOITATION ANIMALE

Un point sur la filière ovine - octobre 2010

31 Octobre 2010, 18:51pm

Publié par VGBIO

très intéressant cet article, qui montre bien que contrairement à ce qu'essaient de faire croire les éleveurs, le déclin ne vient pas du loup!!!!!

TIRE DE L'EXCELLENT SITE:

http://www.buvettedesalpages.be/2010/10/un-point-sur-la-filiere-ovi...

Un point sur la filière ovine - octobre 2010

Préambule

Chaque année, le Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) effectue une enquête cheptel destinée à déterminer les évolutions d’effectif concernant les différentes filières d’élevage.

Cette étude représente l’ossature de la publication annuelle de l’Institut de l’Elevage intitulée 
«Les chiffres clés, productions ovines lait et viande» (Les chiffres clés de la filière ovine 2010), dont la dernière mouture, portant sur l’année 2009, a été mise en ligne ces dernières semaines. Cette publication existe également pour d’autres filières d’élevage.

Structures de production

Fin 2009, le nombre de brebis mères allaitantes était de 4.146.000 animaux, soit une baisse d’un peu plus de 4 % par rapport à 2008. Soit également une baisse d’environ 27 % depuis 2000.
Le nombre de brebis mères laitières était fin 2009 de 1.623.000 animaux. Ce chiffre est relativement stable depuis 2000, et en hausse significative depuis 1990 (+ 20 %).

Animaux

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Exploitations

52.353 exploitations détenaient des brebis allaitantes début 2010, soit une baisse de 3,5 % par rapport à l’année dernière et de 66 % par rapport à 1989. Elle approche les 40 % sur les 10 dernières années.

Cette concentration dans la détention du cheptel s’observe également pour la sous-filière laitière : 4.858 exploitations début 2010. Soit une baisse de 34 % depuis 1989. Le phénomène est cependant (presque deux fois) moins marqué pour cette production.

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Evolution du nombre d’exploitations - source : SSP (enquête cheptel)

La régression du nombre d’exploitations détenant des ovins ne s’explique pas seulement par le déclin du cheptel, mais aussi par la régression du nombre d’exploitations détenant des petites quantités d’ovins.
Fin 2004, la Fédération Nationale Ovine estimait que 34.000 des 76.755 exploitations détenant des ovins en possédaient moins de 10 (citée dans le très anti-prédateurs rapport des sénateurs Bailly et Fortassin).
Ce nombre est tombé à 22.545 exploitations en 2009, assez stable cependant par rapport à 2008.
Selon l’Institut de l’Elevage, 82 % de l’activité ovins-viande est assurée par 16.000 exploitations en 2009.

64 % des brebis allaitantes sont détenues dans des troupeaux de plus de 200 têtes. Cette proportion atteint 84 % pour les brebis laitières.

Le bimestriel Bimagri, édité par le Ministère de l’Agriculture, précisait dans son N°1533 de juillet-août 2008 que 30 % des troupeaux ovins (toutes tendances) comportaient plus de 400 brebis. Cette même revue précise que la taille moyenne du troupeau des exploitations véritablement spécialisées ovines oscille autour de 350 brebis.

Age des éleveurs

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A l’instar de la population française, la tendance au vieillissement des éleveurs est sensible : 63 % d’entre eux ont plus de 50 ans (56 % en 2002), dont 33 % plus de 60. Les plus de 50 ans détiennent 43 % du cheptel (36 % en 2002). Les moins de 35 ans ne représentent plus que 6 % des éleveurs, et détiennent 10 % du cheptel. Ils représentaient encore 10 % des éleveurs et 17 % du cheptel en 2002.

Répartition Géographique

L’essentiel du cheptel ovin se situe au sud d’une ligne «La Rochelle-Lyon».

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Entre 1990 et 2009, les baisses les plus modérées (car il n’y a pas de hausse) sont observées dans les régions suivantes :

  • PACA - 8 %,
  • Lorraine - 17 %,
  • Languedoc-Roussillon -21 %,
  • Midi-Pyrénées - 23 %,
  • Rhône-Alpes -21 % et
  • Aquitaine - 27 % ;


Dans le même temps, la baisse au plan national a été de 32 %.

Plusieurs fiefs «historiques» de la production ovine ont vu leurs effectifs s’effondrer au cours des deux dernières décennies. C’est le cas des régions :

  • Poitou-Charente (- 52 %, sans doute la conséquence du lâcher clandestin de loups italiens dans le marais poitevin…) et
  • Limousin (- 50 %, probable résultat de la prolifération des sanguinaires vautours fauves dans les faubourgs de Limoges…).
  • Quant aux ours slovènes, ils ont fait des ravages en Bourgogne (- 52 %) et dans la région Centre (- 56 %).

On frémit à l’idée de penser que la région Midi-Pyrénées aurait pu être impactée par le plantigrade, si des lâchers d’ours avaient été effectués dans cette zone dans les années 1990/2000…

Au delà de la boutade, les régions qui connaissent le plus fort déclin ne sont pas concernées, à ce jour, par la problématique «grands prédateurs». C’est au contraire parmi les régions où vivent ceux-ci que les effectifs ovins résistent le mieux. Signe que déclin ou reprise de l’élevage ovin dépendent de bien d’autres paramètres que l’absence ou la présence de quelques loups, lynx ou vautours fauves.

Il serait sans doute excessif d’affirmer que c’est essentiellement grâce à ces excellents indicateurs de productivité d’écosystème que les effectifs ovins y résistent mieux qu’ailleurs. Mais force est de constater, par exemple, qu’il n’y a probablement jamais eu autant de moutons sur les pentes pyrénéennes qu’au cours de la dernière décennie. Constat comparable, en plus marqué, pour les bovins et caprins.

A l’échelle du massif, cette activité pastorale est certes importante en terme d’effectif ovin, surtout à l’ouest de la chaîne. Mais elle connaît une déshumanisation galopante (sauf dans les zones où bergers et patous reviennent dans les pas de l’ours), qui n’a globalement pas empêché la fermeture des milieux et le retour de la lande, puis de la forêt (« l’ensauvagement », comme disent certains naturophobes). A l’exclusion notable des quelques zones surpâturées qui, elles, ne risquent pas de se refermer de sitôt…

Consommation

L’approvisionnement en viande ovine en 2009 a majoritairement été assuré (58 %) par de la viande importée.

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Contrairement à une idée reçue, la Nouvelle Zélande n’est pas le principal fournisseur de la France.
Il est néanmoins exact que les importations en provenance de Nouvelle Zélande ont tendance à progresser, alors que celles en provenance d’Irlande diminuent, et celles en provenance du Royaume-Uni, plutôt en hausse, fluctuent en fonction des épidémies de fièvre aphteuse, comme en 2001 et 2007.

C’est donc en 2009 le Royaume-Uni, avec + de 45 % des importations, qui arrive encore en tête, devant la Nouvelle Zélande, avec 23 %, qui devance l’Irlande (17 %) pour la troisième année consécutive.

42 % de la viande consommée en France en 2008 était d’origine hexagonale [94.000 tonnes équivalent carcasse (tec) sur 226.000]. Cette proportion est à peu près stable depuis quelques années. Il en est de même des échanges d’animaux vivants.

La consommation annuelle par français continue sa régression tendancielle (3,5 kg/an/personne, - 4 % par rapport à 2008). Cette consommation était de 5,4 kg en 1990. C’est à dire une baisse d’un bon tiers en moins de 20 ans. Le début des années « 90 » demeure la période pendant laquelle la consommation de viande ovine par habitant a été la plus élevée, toutes origines confondues.

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La baisse de consommation de viande ovine s’inscrit dans un contexte global de réduction de la part de la viande dans l’alimentation. Cette diminution est cependant plus marquée pour l’agneau que pour n’importe qu’elle autre viande. A l’exception de la viande chevaline, en chute libre depuis 40 ans : 1,8 kg/habitant/an en 1970, contre 0,3 kg en 2009. Soit une baisse de plus de 85 %!

La consommation de viande ovine ne s’est jamais remise de l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001 en Grande Bretagne. Car même si la baisse de consommation s’est amorcée vers 1995, la chute enregistrée en 2001, suite à l’effondrement des importations britanniques, n’a jamais été compensée après.

Pour la viande spécifiquement d’origine française, le bilan est encore plus sombre. En effet, en 1990, viande indigène et étrangère se partageaient le marché à parité. Cela représentait donc 2,7 kg de viande d’origine française/personne/an. Cette consommation est tombée en 2009 à 1,5 kg (42 % de 3,5 kg). Soit donc une baisse de près de 45 % en même pas 20 ans.

La consommation de viande ovine ne fait jamais, finalement, que revenir au niveau qui était le sien dans les années 60. A cette époque on mangeait à peine 3 kg d’agneau par personne et par an.
Petite différence, mais de taille : à l’époque, 80 % de la consommation était d’origine française…

L’examen détaillé des classes de consommateurs ne permet (toujours) pas d’être très optimiste pour l’avenir de la filière. Seuls 34 % des moins de 35 ans ont acheté de la viande ovine en 2009, représentant 6 % des volumes (chiffres stables). A titre de comparaison, le taux de pénétration atteint 75 % chez les plus de 65 ans, soit 38 % des volumes.

Les efforts de « reconquête ovine » principalement auprès du jeune public, telle la discrète campagne « Agneau presto » depuis 2008, n’ont pas à ce jour produit d’effet sur la consommation. Il faut dire que ce type de campagne n’est le plus souvent efficace que lorsqu’il s’agit d’accompagner une tendance avérée, ou en devenir, chez le consommateur.

C’est le cas, par exemple, du prétendu bonus écologique, appliqué aux automobiles sur la base de leurs émissions théoriques de CO2. Il a logiquement favorisé les ventes de petits modèles diesels (pas spécialement écolos, là c’est un autre débat…). Mais ce type de véhicules avait déjà les faveurs des clients avant l’instauration du dit bonus. Inciter l’eau de la rivière à remonter la pente est un exercice éminemment plus difficile…

Perspectives

La publication « Tendances lait et viande N°206 - octobre 2010 (pages 17-18) », permet déjà de se faire une idée de l’orientation pour 2010. Tout du moins pour ce qui concerne la production nationale.
Car l’année dernière, à la même époque, on évaluait les importations en hausse de 4 %, pour enregistrer au final une baisse de 2 % sur l’ensemble de l’année.

Après une certaine embellie sur le premier semestre, les abattages marquent le pas, ce qui se traduit par une production indigène à peu près stable sur 8 mois (+ 1 %). Sur la même période, la consommation de viande ovine s’effrite de 5 %.

La (relative) bonne nouvelle vient du fait que les ventes en boucherie traditionnelle résistent mieux (-1 %) que celles en GMS (-7 %), qui sont majoritairement réalisées avec de la viande d’importation (d’ailleurs en baisse de 11 % sur les sept premiers mois par rapport à 2009).

On constate une nouvelle fois la complexité de l’équation à résoudre pour la production française : lorsque les importations baissent, la consommation baisse également, car cette viande importée se positionne sur un créneau prix qui devient vacant et n’est pas occupé par la viande locale. Ce n’est que lorsque les importations reprennent que la consommation cesse de fléchir, mais rarement au bénéfice des éleveurs hexagonaux. La production indigène ne tire de fait profit d’aucune forme de conjoncture.

Dans ce contexte commercial qui demeure difficile, il n’est pas non plus inutile de rappeler la très forte dépendance aux subventions de la sous-filière ovins-viande. Dépendance avec peu d'équivalent en France.

Le Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) n’individualise pas les données nationales entre caprins, ovins-lait et ovins-viande, qui dominent cependant la catégorie « ovins et autres herbivores ». C’est cependant le cas pour les ovins en région Midi-Pyrénées, le plus gros troupeau de France (24 %, des brebis).

Voir le lien : Résultats du RICA 2008 pour Midi-Pyrénées(page 4). 

Les plus récents résultats (2008) pour les 1.527 exploitations ovines viande représentées sont éloquents :

Résultat courant avant impôts : 10.000 € par exploitation
Total des subventions versées : 42.500 € par exploitation

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L’accroissement significatif des aides ces dernières années n’a pas permis le redressement du résultat courant. L’année 2009 s’annonçait du même ordre, peut être pire. Qu’en sera t-il en 2010 ?

Le « bilan de santé » de la PAC, qui entrait en vigueur en cette année 2010, prévoyait une augmentation moyenne des subventions pour les exploitations spécialisées en ovins viandes de l’ordre de 13 000 €/an.
Il serait cependant bien optimiste d’imaginer que le résultat courant puisse augmenter dans les mêmes proportions.

Ce qu’on appelle pudiquement dans le milieu le «phénomène de transfert», c’est à dire le déplacement des subventions destinées à un bénéficiaire vers certains intermédiaires, est une réalité bien établie, qui rend encore plus compliquée toute politique de rééquilibrage des revenus.

Une autre alternative, qui consisterait à favoriser les aides découplées de la production, pourrait avoir des effets particulièrement démobilisateurs, compte tenu de la faible valeur ajoutée comptable, en moyenne proche de zéro sur les dernières années.

L’année dernière je rappelais la conclusion du dossier de l’élevage N°371 d’octobre 2007, qui se terminait ainsi : «Il semble que la seule alternative laissée aux filières européennes de viande ovine soit aujourd’hui importer encore plus ou consommer encore moins».

En fait, en examinant l’évolution du cheptel mondial sur les dernières années, en baisse à peu près partout, sauf en Inde, il semble bien qu’une des deux alternatives prenne le pas sur l’autre.

Marc LAFFONT

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